Les contes de la transparence

Conjuguer en art les voies poétiques de la transparence est un don conféré plus volontiers aux âmes rêveuses. Pour Dominique Van den Bergh, dessiner revient à tracer de multiples couches stratigraphiques chargées de mystères aux mille déclinaisons. Ainsi pour sa série « Black stories in white » elle superpose divers papiers translucides. Chaque dessin devient un espace mental formé de plusieurs niveaux de représentations. Par le jeu combinatoire des supports transparents, l’artiste développe non seulement une réflexion sur la forme et le contenu mais conduit également notre regard à explorer un univers où se côtoient souvenirs personnels, fantasmes et contes de fées. Dominique se tourne plus facilement vers l’envoûtant mutisme des choses cachées. Ses acryliques, encres de chine et mines de plomb cultivent un étrange paradoxe. Le jeu des transparences ne révèle rien, bien au contraire, il nimbe les images d’auras fantasmatiques nous amenant à reconsidérer la surface des choses.

Les caprices du subconscient ont amené spontanément l’artiste à la récurrence de certaines images dans son œuvre. Ses dessins montrent souvent des enfants, plus particulièrement des petites filles, des forêts ainsi que des chiens et des loups. Corps et visages se matérialisent pour mieux disparaître dans le non-dit de ces univers teintés d’un subtil érotisme. Quelques objets ou fragments anatomiques reviennent assez fréquemment comme la robe ou les souliers. Surgissent quelquefois des jambes, des cuisses ou des oreilles voire même plus surprenant un dentier ! Le vêtement féminin évoque avec évidence le corps sans sa présence physique, les chaussures peuvent convoquer les souvenirs liés aux choses portées. Jambes, bras ou mains expriment une évidente sensualité. L’oreille se réfère sans doute à l’écoute tandis que le dentier devient une métaphore ironique de l’inéluctabilité du vieillissement. On décèle dans ces dessins l’évidence du renvoi à l’identité féminine. De même que le rapport qui lie depuis toujours l’inconscient enfantin au monde animal.

Si ses œuvres sont calmes et silencieuses, elles présentent toutefois une autre ambivalence. De temps à autre, une note d’inquiétude s’insinue dans les images. Lorsqu’elle s’amplifie, elle confine carrément à la menace. L’omniprésence du chien en est la preuve. Dans la mythologie ancienne, cet animal est le gardien de la porte de l’au-delà. La magicienne Hécate, maîtresse de la nuit et donc de l’inconscient, était souvent accompagnée de chiens féroces. Dans les dessins de Dominique, on trouve aussi des enfants perdus dans des forêts qui rappellent les contes de fées. Dans nos rêves, la forêt indique souvent une phase de désorientation, une région redoutable où l’on hésite à pénétrer. Ses petits dessins à l’encre de chine respirent également la fragilité, un thème qui lui est particulièrement cher.

Impossible d’aborder le travail de Dominique Van den Bergh sans parler de la fascination qu’elle éprouve pour cette figure emblématique de l’inconscient collectif qu’est le loup. Déjà présent dans de nombreux dessins, il est le thème presque exclusif d’un ensemble récent de sculptures en papier. Nos légendes ont souvent établi entre l’homme et le loup une intimité très proche. Pensons notamment au mythe du loup-garou. Dans l’Antiquité, il était considéré comme un animal fantôme dont la seule vue rendait muet. Il est quelquefois associé au dieu Chronos qui dévore ses enfants. On en décèle un écho dans le célèbre conte de Perrault Le Petit Chaperon Rouge. Bouc émissaire de nos peurs ancestrales, il est la bête redoutable qui horrifie autant qu’elle séduit. Ainsi, le caractère érotique du loup est une évidence.

Rêvé, fragile et transparent l’art de Dominique Van den Bergh est décidément riche en voyages intérieurs. Poétique de l’au-delà du visible, il nous conduit sans bruit tapageur à déceler l’essentiel dans l’intime de nos souvenirs.

Olivier Duquenne

Les contes de la transparence

Conjuguer en art les voies poétiques de la transparence est un don conféré plus volontiers aux âmes rêveuses. Pour Dominique Van den Bergh, dessiner revient à tracer de multiples couches stratigraphiques chargées de mystères aux mille déclinaisons. Ainsi pour sa série « Black stories in white » elle superpose divers papiers translucides. Chaque dessin devient un espace mental formé de plusieurs niveaux de représentations. Par le jeu combinatoire des supports transparents, l’artiste développe non seulement une réflexion sur la forme et le contenu mais conduit également notre regard à explorer un univers où se côtoient souvenirs personnels, fantasmes et contes de fées. Dominique se tourne plus facilement vers l’envoûtant mutisme des choses cachées. Ses acryliques, encres de chine et mines de plomb cultivent un étrange paradoxe. Le jeu des transparences ne révèle rien, bien au contraire, il nimbe les images d’auras fantasmatiques nous amenant à reconsidérer la surface des choses.

Les caprices du subconscient ont amené spontanément l’artiste à la récurrence de certaines images dans son œuvre. Ses dessins montrent souvent des enfants, plus particulièrement des petites filles, des forêts ainsi que des chiens et des loups. Corps et visages se matérialisent pour mieux disparaître dans le non-dit de ces univers teintés d’un subtil érotisme. Quelques objets ou fragments anatomiques reviennent assez fréquemment comme la robe ou les souliers. Surgissent quelquefois des jambes, des cuisses ou des oreilles voire même plus surprenant un dentier ! Le vêtement féminin évoque avec évidence le corps sans sa présence physique, les chaussures peuvent convoquer les souvenirs liés aux choses portées. Jambes, bras ou mains expriment une évidente sensualité. L’oreille se réfère sans doute à l’écoute tandis que le dentier devient une métaphore ironique de l’inéluctabilité du vieillissement. On décèle dans ces dessins l’évidence du renvoi à l’identité féminine. De même que le rapport qui lie depuis toujours l’inconscient enfantin au monde animal.

Si ses œuvres sont calmes et silencieuses, elles présentent toutefois une autre ambivalence. De temps à autre, une note d’inquiétude s’insinue dans les images. Lorsqu’elle s’amplifie, elle confine carrément à la menace. L’omniprésence du chien en est la preuve. Dans la mythologie ancienne, cet animal est le gardien de la porte de l’au-delà. La magicienne Hécate, maîtresse de la nuit et donc de l’inconscient, était souvent accompagnée de chiens féroces. Dans les dessins de Dominique, on trouve aussi des enfants perdus dans des forêts qui rappellent les contes de fées. Dans nos rêves, la forêt indique souvent une phase de désorientation, une région redoutable où l’on hésite à pénétrer. Ses petits dessins à l’encre de chine respirent également la fragilité, un thème qui lui est particulièrement cher.

Impossible d’aborder le travail de Dominique Van den Bergh sans parler de la fascination qu’elle éprouve pour cette figure emblématique de l’inconscient collectif qu’est le loup. Déjà présent dans de nombreux dessins, il est le thème presque exclusif d’un ensemble récent de sculptures en papier. Nos légendes ont souvent établi entre l’homme et le loup une intimité très proche. Pensons notamment au mythe du loup-garou. Dans l’Antiquité, il était considéré comme un animal fantôme dont la seule vue rendait muet. Il est quelquefois associé au dieu Chronos qui dévore ses enfants. On en décèle un écho dans le célèbre conte de Perrault Le Petit Chaperon Rouge. Bouc émissaire de nos peurs ancestrales, il est la bête redoutable qui horrifie autant qu’elle séduit. Ainsi, le caractère érotique du loup est une évidence.

Rêvé, fragile et transparent l’art de Dominique Van den Bergh est décidément riche en voyages intérieurs. Poétique de l’au-delà du visible, il nous conduit sans bruit tapageur à déceler l’essentiel dans l’intime de nos souvenirs.

Olivier Duquenne